L'Égo

*NATURE*


Atlante Après la naissance, l’animal, touscomme le nouveau-né humain, interprète l’espace, non en terme de distance, mais de contenu. Chacun doit pouvoir localiser sa mère, reconnaître son cri, sa silhouette, repérer le sein nourricier, etc. Nos différents sens, (olfactif, auditif, visuel, tactile et gustatif), sont les outils indispensables à l’orientation, laquelle, à son tour, est essentielle pour la survie; que ce soit pour fuir, se camoufler ou attirer l’attention.

Chez l’animal, cela suffit, les choses en restent là. Mais au court de la croissance de l’enfant, un évènement extraordinaire se produit. Il réalise un jour que les choses qu’il voit et entend sont séparées de lui. Il commence alors à intégrer le concept de l’espace en fonction de la distance et non pas seulement du contenu. De plus, il comprend maintenant que si sa mère change de pièce dans la maison, ce n’est pas définitif. Il ne la perdra pas, elle va revenir dans un petit moment. L’enfant vient d’acquérir le concept du temps.

L’acquisition chez l’enfant, de ce concept de l’espace et du temps représente le moment de l’émergence de la conscience réflective dans son mental et du même coup, la naissance de l’ego.

A quoi l’ego sert-il ?
La concurrence entre les plantes pour le soleil est comparable à celle entre les animaux pour la nourriture, c’est un comportement naturel de survie. La reproduction de l’espèce répond à ce même appel. Mais la survie se manifeste ici dans l’expression de sa continuité, et non pas seulement dans sa sauvegarde. Dans la recherche de l’accouplement, comment les jeux de la séduction pourraient-ils se faire sans la participation de l’ego?

Avant de prendre conscience de l’autre, on doit d’abord avoir conscience de soi. Si un être humain est capable de tendre la main à son frère, c’est qu’il est certain de ne pas la perdre en le faisant et cette certitude, c’est l’ego qui la lui apporte. S’il est capable d’ouvrir son esprit pour recevoir les idées des autres c’est qu’il n’a pas peur de perdre les siennes. Cette certitude, c’est l’ego qui la lui apporte. C’est l’outil qui nous permet d’enraciner notre identité. La croissance spirituelle est d’abord un éveil aux besoins, ensuite un discernement des significations et enfin une découverte des valeurs.

Lorsque nous essayons de nier notre ego en tentant de le faire disparaître pour nous en purifier comme d’un “péché honteux”, nous refusons de reconnaître nos besoins. S’il n’y a de place que pour les autres, l’équilibre est rompu.

Il y a une raison pour laquelle Dieu a voulu que l’ego accompagne l’être humain, et cette raison est parce que c’est un outil de croissance, et non un ennemi. S’il n’existait pas, il n’y aurait pas de compétitions entre les êtres humains pour les stimuler à l’action et à la créativité. Il nous faudrait oublier les sports, les arts, les grandes inventions, l’exploration du monde et tout ce qui peut se rapporter de près ou de loin à une quête de soi. Nous devons d’abord forger notre identité et notre caractère humain avant d’être capable d’acquérir l’équivalent divin. La plus grande victoire de l’être humain est son triomphe sur lui-même.

Où est le problème ?
C’est lorsqu’il est laissé à lui-même que l’ego fait problème. Il devient alors comme un enfant à qui on permet tout. Si on ne le corrige pas, si on ne lui met pas de balises par l’entremise de la morale et des lois, sa croissance se fera de façon anarchique. Mais l’enfant, tout comme l’ego, n’est pas un ennemi. Il nous suffit de comprendre comment il fonctionne, quels sont ses besoins et avec le temps, il se transformera et nous transformera. Le temps, l’espace et l’expérience sont les plus grands auxiliaires de l’être humain pour la perception de la réalité relative, et ils sont cependant ses plus formidables obstacles pour la perception de la réalité complète.

Comment l’ego opère-t-il ?
Si nous voulons que l’ego demeure un outil de croissance, il faut apprendre à le connaître et l’apprivoiser.

Il va tenter de se maintenir, (nous maintenir), le plus loin possible de la réalité soit, dans l’imaginaire. Sa stratégie est donc de nous faire croire que nous sommes toujours dans la réalité, alors qu’en fait, nous rêvons encore. C’est le monde à l’envers; la réalité devient rêve et le rêve devient réalité. Nous ne pouvons régler nos problèmes lorsque nous rêvons et d’autre part, nous ne pouvons régler des problèmes qui n’existent que dans le rêve. Et une des conséquences de cette situation, est qu’à la place d’admettre nos torts, ce qui nous aiderait à grandir, nous en accusons les autres et trouvons des excuses pour tous nos travers.

L’être humain est capable d’endurer bien des choses, mais pas la culpabilité. Nous pouvons oublier les malheurs que nous avons vécus, mais jamais les fautes que nous avons commises.

Jusqu’où veut aller l’ego ?
La sagesse incite l’être humain à repousser ses limites, alors que l’ego, de son côté, l’incite à les fuir. C’est ce qui nous fait passer de la flexibilité à la rupture, du courage à la témérité, du don de soi à l’abandon de soi.

Certains êtres humains ont eu la possibilité de laisser croître leur ego d’une façon démesurée. Ils étaient rois, présidents ou généraux. Ils avaient droit de vie ou de mort sur leurs sujets et simplement pour se divertir, ont commis les pires atrocités. Non, il n’y a pas de limites jusqu’où veut aller l’ego, car son but ultime est de remplacer Dieu. L’ambition est dangereuse tant qu’elle n’est pas entièrement rendue sociale. Vous n’avez pas vraiment acquis une vertu avant que vos actes ne vous en aient rendu digne.

Il nous est à peu près impossible d’imaginer le degré d’évolution spirituelle nécessaire pour transcender l’ego une fois pour toutes. Mais en attendant, nous avons reçu du Créateur pour nous aider, sept merveilleux outils de croissance, les 7 talents de l’Esprit (intuition, conseil, connaissance, courage, compréhension, adoration, sagesse). En apprenant à les connaître, nous les aiderons à nous aider à maîtriser cet ego, et faire en sorte qu’il nous serve et non nous domine. Et pour mettre plus de chance de notre côté, rien de tel que de rire un peu de soi-même de temps à autre. L’ego ainsi, deviendra ce qu’il doit être pour nous, un outil de croissance qui nous aidera à combler ce dont le coeur de nos frères a besoin. L’humour est l’antidote divin contre l’exaltation de l’ego.

Quel est le rôle de l’égoïsme dans tout ça ?
S’il y a un mot que nous devrions utiliser avec une extrême prudence et parcimonie, c’est bien celui-ci. Il est très souvent employé pour accuser, juger et condamner. Comment pouvons-nous qualifier quelqu’un d’égoïste sans connaître les motifs de son comportement?

- Est-il égoïste celui qui a refusé de nous rendre service ? Peut-être savait-il que la satisfaction de nos désirs nous était préjudiciable !
- Est-ce faire preuve d’égoïsme que de faire attention à sa santé, de s’accorder du repos, du temps juste pour soi ? Comment pourrions-nous servir nos frères adéquatement en étant toujours malades ?
- Serait-il égoïste celui qui ne tiendrait pas suffisamment compte de l’intérêt d’autrui ? Mais quel est au juste, l’intérêt d’autrui ? Et quel est au juste notre intérêt ? Ce n’est pas parce que ça fait du bien, que c’est bon pour nous !

Nous ne disons jamais d’un animal qu’il est égoïste s’il garde toute la nourriture pour lui, parce que nous savons qu’il est dirigé par son instinct. Mais n’oublions pas que l’instinct animal de l’être humain n’a pas disparu le jour où la conscience réflective commença à émerger en lui. Notre comportement est encore, en grande partie, sous le commandement du primate qui nous habite.

L’être humain a tenté de camoufler son instinct combatif guerrier dans les sports, réglementé et codifié sa sexualité. Mais nous sommes au vingt et unième siècle et les foules se déplacent encore pour des combats de boxe et les cas d’agressions sexuels continuent de défrayer les manchettes dans les journaux.

A chaque fois que nous utilisons le mot égoïste envers quelqu’un, nous le jugeons en oubliant que juger est une prérogative de Dieu, car Lui seul est apte à le faire sans condamner. Si l’être humain peut reconnaître l’acte, Dieu est capable, en plus, de connaître la raison de l’acte.

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Vertige de Dieu