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Europe Idéale

*GOUVERNEMENT*


Europe

Le gouvernement central consiste en une solide fédération de tous les États membres et relativement libres. Ces États élisent pour dix ans leurs gouverneurs et leurs législateurs, dont aucun n’a le droit d’être réélu. Les juges d’État sont nommés à vie par les gouverneurs et confirmés par leurs législatures qui comprennent un représentant par tranche de cent-mille citoyens.

Aucune ville n’est autorisée à avoir plus d’un million d’habitants. Dans l’ensemble, l’organisation municipale doit rester très simple, direct et économique. Les rares postes d’administration urbaine sont proposés à des citoyens de type le plus élevé.

Le gouvernement fédéral comporte trois départements coordonnés, l'exécutif, le législatif et le judiciaire. Le chef exécutif fédéral est élu tous les six ans par suffrage territorial universel. Il n'est pas rééligible, sauf sur la demande d'au moins soixante-quinze parlements d'État appuyés par leurs gouverneurs d'État respectifs, et, dans ce cas, pour un terme seulement. Il est conseillé par un supercabinet composé de tous les ex-chefs exécutifs encore vivants.

Le département législatif comprend trois chambres :
  • La chambre haute est élue par des groupes de travailleurs de l'industrie, des professions libérales, de l'agriculture et d'autres métiers, votant selon leur fonction économique.
  • La chambre basse est élue par certaines organisations de la société comprenant les groupes sociaux, politiques et philosophiques non inclus dans l'industrie et les autres métiers. Tous les citoyens honorablement connus participent à l'élection des deux classes de représentants, mais ils sont groupés différemment selon que l'élection concerne la chambre haute ou la chambre basse.
  • La troisième chambre – les doyens des êtres humains d'État – englobe les vétérans du service civique et comprend de nombreuses personnes distinguées nommées par le chef exécutif, par les administrateurs régionaux (subfédéraux), par le chef du tribunal suprême, et par les présidents de chacune des deux autres chambres législatives. Ce groupe est limité à cent membres qui sont élus à la majorité par les anciens êtres humains d'État eux-mêmes. Les titulaires sont nommés à vie et, si une vacance se produit, la personne figurant sur la liste des candidats et qui a recueilli le plus grand nombre de votes se trouve régulièrement élue. Ce corps a une action purement consultative, mais il est un grand régulateur de l'opinion publique et il exerce une puissante influence sur toutes les branches du gouvernement.
  • Une partie importante du travail administratif est exécutée par les dix autorités régionales (subfédérales) dont chacune consiste en l'association de dix États. Ces départements régionaux sont entièrement exécutifs et administratifs, sans fonctions législatives ni judiciaires. Les dix chefs exécutifs régionaux sont nommés personnellement par le chef exécutif fédéral pour une durée égale à celle de son propre mandat – six ans. Le tribunal fédéral suprême approuve la nomination de ces dix administrateurs régionaux. Bien que leur mandat ne puisse être renouvelé, chacun de ceux qui se retirent devient automatiquement l'associé et le conseiller de son successeur. Par ailleurs, les chefs régionaux choisissent leur propre état-major d'agents administratifs.

    L'action judiciaire s'exerce dans la nation par deux systèmes majeurs de tribunaux – les tribunaux civils et les tribunaux socioéconomiques. Les tribunaux civils fonctionnent aux trois niveaux suivants :
  • Les cours mineures de juridiction municipale et locale, dont les décisions sont susceptibles d'appel auprès des hauts tribunaux d'État.
  • Les cours suprêmes des États, dont les décisions sont finales dans toutes les affaires où le gouvernement fédéral n'est pas impliqué et où les droits et libertés des citoyens ne sont pas en danger. Les administrateurs régionaux ont le pouvoir de soumettre immédiatement n'importe quel cas à la barre du tribunal fédéral suprême.
  • La cour fédérale suprême – le haut tribunal pour le jugement des litiges nationaux et des appels provenant des tribunaux des États. Ce tribunal suprême se compose de douze êtres humains âgés de plus de quarante ans et de moins de soixante-quinze ans, ayant servi au moins deux ans dans un tribunal d'État. Ils sont nommés à cette haute position par le chef exécutif avec l'approbation de la majorité du supercabinet et de la troisième chambre de l'assemblée législative. Toutes les décisions de ce corps judiciaire suprême sont prises à la majorité d'au moins deux tiers des voix.
  • Les tribunaux socioéconomiques fonctionnent dans les trois divisions suivantes :
    • Tribunaux des familles, associés aux départements législatif et exécutif des foyers et du système social.
    • Tribunaux de l'enseignement – les corps juridiques reliés aux systèmes scolaires des États et des régions, et associés aux branches exécutive et législative du mécanisme administratif de l'éducation.
    • Tribunaux de l'industrie – les tribunaux juridictionnels investis de la pleine autorité pour régler tous les malentendus économiques.
    La cour fédérale suprême ne juge pas les cas socioéconomiques à moins d'y être invitée par la troisième branche législative du gouvernement national, la chambre des anciens votant à la majorité des trois quarts. Autrement, toutes les décisions des hauts tribunaux familiaux, éducatifs et industriels sont sans appel.

    La vie au foyer

    La loi interdit à deux familles de vivre sous le même toit. Les habitations collectives ayant été proscrites, la plupart des maisons à appartements ont été démolies. Cependant, les célibataires vivent encore dans des clubs, des hôtels et d'autres bâtiments collectifs. Le plus petit logis familial autorisé doit comporter un demi-hectare de terre. Toutes les terres et tous les bâtiments à usage de foyers sont exempts de taxes jusqu'à dix fois le minimum de surface exigé pour une famille.

    Il est obligatoire, aussi bien pour les pères que pour les mères, d'assister aux cours des écoles de puériculture pour parents. Même les agriculteurs qui résident dans de petits hameaux de campagne suivent ces cours par correspondance et se rendent aux centres voisins d'instruction orale une fois toutes les deux semaines.

    Les familles ont des enfants qui restent pleinement sous le contrôle de leurs parents. Si l'un des deux parents ou les deux font défaut, la garde est exercée par les personnes désignées par les tribunaux des familles. Toute famille considère comme un grand honneur de se voir confier la garde d'un orphelin de père et de mère. Des concours ont lieu entre parents, et l'orphelin est attribué au foyer de ceux qui font preuve des meilleures qualifications parentales.

    Le foyer est considéré comme l'institution fondamentale de la civilisation. Les gens escomptent que la partie la plus précieuse de l'éducation et de la formation du caractère d'un enfant sera fournie par ses parents et à son foyer. Les pères consacrent presque autant d'attention que les mères à la formation des enfants.

    Toute l'éducation sexuelle est donnée à la maison par les parents ou les gardiens légaux. L'instruction morale est offerte par des maitres pendant les périodes de repos dans les ateliers-écoles, mais il n'en va pas de même pour l'éducation religieuse. On estime que celle-ci est le privilège exclusif des parents, car la religion est considérée comme faisant partie intégrante de la vie de famille. L'instruction religieuse n'est donnée publiquement que dans les temples de philosophie, car aucune institution purement religieuse ressemblant à nos églises actuelles ne se développent désormais parmi la population. Dans cette philosophie, la religion est l'effort pour connaître Dieu et pour manifester de l'amour à ses semblables en les servant. La religion est si complètement une affaire de famille qu'il n'existe pas de lieux publics exclusivement consacrés à des assemblées religieuses. L'Église et l'État sont entièrement séparés politiquement, mais il existe un étrange chevauchement de la religion et de la philosophie.

    Les instructeurs spirituels qui visitent périodiquement chaque famille pour examiner les enfants et vérifier qu'ils ont été convenablement instruits par leurs parents, sont placés sous la direction de la Fondation du Progrès Spirituel, une institution créée et soutenue par des contributions volontaires.

    Les enfants restent légalement soumis à leurs parents jusqu'à l'âge de quinze ans, où ils reçoivent leur première initiation aux responsabilités civiques. Ensuite, tous les cinq ans et durant cinq périodes successives, des exercices similaires ont lieu pour les groupes de même âge. Les obligations vis-à-vis des parents y sont chaque fois diminuées, tandis que de nouvelles responsabilités civiques et sociales envers l'État sont assumées. Le droit de vote est conféré à vingt ans, le droit de se marier sans le consentement des parents n'est pas accordé avant vingt-cinq ans, et les enfants doivent quitter leur foyer quand ils atteignent l'âge de trente ans.

    Les lois du mariage et du divorce sont uniformes dans toute la nation. Le mariage avant vingt ans – âge de l'admission au suffrage – n'est pas permis. L' autorisation de se marier n'est accordée qu'un ans après le préavis d'intention, et après que les deux fiancés ont présenté des certificats montrant qu'ils ont été dument instruits dans les écoles de parents au sujet des responsabilités de la vie conjugale.

    Les règles de divorces sont assez lâches, mais on ne peut obtenir le jugement de séparation émis par le tribunal des familles avant qu'un an se soit écoulé depuis l'enregistrement de la demande.

    Le système éducatif

    Le système éducatif est obligatoire et mixte dans les écoles que les élèves fréquentent entre cinq et dix-huit ans, avant d'aller à l'université. Il n'y a pas de salles de classe, on ne poursuit qu'une étude à la fois et, après les trois premières années, tous les élèves deviennent des instituteurs adjoints pour instruire ceux qui en savent moins qu'eux. On n'emploie des livres que pour se procurer les renseignements qui aident à résoudre les problèmes surgissant dans les ateliers-écoles et les fermes-écoles. On produit dans ces ateliers une grande partie des meubles employés sur le continent et de nombreux appareils mécaniques. Attenante à chaque atelier se trouve une bibliothèque pratique où les élèves peuvent consulter les livres de référence nécessaire. Pendant toute la période éducative, on enseigne également l'agriculture et l'horticulture dans les vastes fermes contiguës à chaque école locale.

    On n'apprend aux débiles mentaux que l'agriculture et l'élevage, et on les envoie, pour la vie, dans des colonies de surveillance spéciales où ils sont séparés par sexes pour empêcher la procréation, qui est interdite à tous les anormaux. Les mandats d'internement sont délivrés par les tribunaux des familles

    Tout le monde prend un mois de vacances chaque année. Les écoles préuniversitaires sont ouvertes pendant neuf mois; les vacances se passent à voyager avec les parents ou des amis. Ces voyages font partie du programme d'éducation des adultes et se continuent pendant toute la vie; les fonds pour y faire face sont accumulés par les mêmes méthodes que les fonds d'assurance vieillesse.

    Un quart du temps à l'école est consacré aux jeux – aux compétitions athlétiques. Les élèves progressent dans les concours locaux, puis provinciaux, puis régionaux, vers les épreuves nationales d'habileté et de prouesses. Les concours oratoires et musicaux ainsi que les épreuves de science et de philosophie occupent également l'attention des élèves depuis les sections locales mineures jusqu'aux épreuves récompensées par des honneurs nationaux.

    La direction de l'école est une réplique du gouvernement national avec ses trois branches en corrélation. Le personnel enseignant opère à titre consultatif comme la troisième division législative. L'objet principal de l'éducation sur ce continent consiste à faire de chaque élève un citoyen capable de gagner sa vie.

    Tous les élèves qui sortent diplômés du système scolaire préuniversitaire à dix-huit ans sont des artisans habiles. Alors commencent l'étude des livres et la recherche des connaissances spéciales, soit dans les universités, soit dans les écoles d'adultes. Quand un brillant élève achève son travail en avance sur le programme, on lui accorde en récompense le temps et les moyens d'exécuter un projet de son invention, qui lui est cher. Tout le système éducatif est prévu pour éduquer l'individu d'une manière appropriée.

    L'organisation industrielle

    La situation industrielle est loin de ses idéaux. Le capital et le travail ont encore leurs difficultés, mais ils tendent à se conformer à un plan de coopération sincère. Sur ce continent exceptionnel, les ouvriers deviennent de plus en plus les actionnaires de toutes les affaires industrielles; tout travailleur intelligent se transforme lentement en un petit capitaliste.

    Les antagonismes sociaux diminuent, et la bonne volonté grandit rapidement. De nouvelles techniques sont développées pour dissiper les malentendus industriels et pour corriger les abus économiques; elles représentent une amélioration marquée sur les anciennes méthodes employées pour résoudre ces problèmes. La violence a été proscrite comme procédé pour régler les différends personnels ou industriels. Les salaires, les profits et les autres questions industrielles ne sont pas rigidement réglementés; mais ils sont en général contrôlés par les corps législatifs industriels, tandis que toutes les querelles issues de l'industrie sont jugées par les tribunaux de l'industrie.

    Les tribunaux de l'industrie fonctionnent d'une manière très satisfaisante. Des dispositions prévoient que les tribunaux de l'industrie reconnaissent que les rémunérations légales sont de trois sortes :
  • Le taux légal d'intérêt sur le capital investi.
  • Une rémunération raisonnable de la qualification mise au service des opérations industrielles.
  • Des salaires justes et équitables pour la main-d'oeuvre.
  • Pour faire face à ces obligations, on commence par se référer aux contrats. Si les bénéfices ont diminué, les trois classes subissent une réduction temporaire proportionnelle. Ensuite, tous les bénéfices dépassant ces charges fixes sont considérés comme des dividendes et distribués au prorata à chacune des trois divisions, capital, qualification et main-d'oeuvre.

    Tous les dix ans, les chefs exécutifs régionaux fixent et décrètent les heures légales de labeur quotidien rémunéré. Les vacances sont généralement employées à voyager. De nouveaux modes de transport ayant été récemment développés, toute la nation pense à voyager.

    La compétition est active mais elle est transférée en grande partie de l'industrie aux jeux, à l'habileté, aux réalisations scientifiques et aux réussites intellectuelles. Elle est fort vive dans les services sociaux et dans la loyauté envers le gouvernement. Le service public devient rapidement le principal but de l'ambition.

    La main-d'oeuvre acquiert plus de considération sur ce continent. Tous les citoyens valides de plus de dix-huit ans travaillent, soit à leur foyer et dans les fermes, soit dans une industrie reconnue, soit aux travaux publics qui absorbent les chômeurs temporaires.

    Une nouvelle forme de dégout social tend à se développer : le dégout de l'oisiveté aussi bien que de la fortune non gagnée. Lentement mais sûrement, les êtres humains triomphent de leurs machines. Après des luttes pour la liberté politique et ensuite pour la libération économique, les êtres humains commencent maintenant à jouir des deux et, en outre, à apprécier leurs loisirs bien gagnés qu'ils peuvent consacrer à mieux s'épanouir.

    L'assurance vieillesse

    La nation fait un effort résolu pour remplacer l'espèce de charité destructrice du respect de soi-même par des garanties de sécurité pour la vieillesse, par des assurances gouvernementales dignes. Cette nation fournit une éducation à tous les enfants et une occupation à tous les êtres humains; elle peut donc mettre en oeuvre avec succès un plan d'assurance pour la protection des vieux et des infirmes.

    Chez ce peuple, toutes les personnes doivent se retirer des fonctions lucratives à l'âge de soixante-cinq ans, à moins de recevoir du commissaire d'État au travail un permis leur donnant droit de travailler jusqu'à soixante-dix ans. Cette limite d'âge ne joue ni pour les fonctionnaires ni pour les philosophes. Les mutilés physiques ou les invalides permanents peuvent être inscrits à n'importe quel âge sur la liste des retraités sur un ordre du tribunal contresigné par le commissaire aux pensions du gouvernement régional.

    Les fonds pour les pensions de vieillesse proviennent de trois sources :
    • Le gain d'une journée par mois est réquisitionné à cet effet par le gouvernement fédéral, et tout le monde travaille dans ce pays.
    • Les legs – nombre de citoyens riches laissent des fonds à cet effet.
    • Le revenu des ressources naturelles. Toutes les richesses naturelles du continent sont détenues comme dépôt social par le gouvernement fédéral, et le revenu qu'elles procurent est employé à des buts sociaux tels que la lutte préventive contre les maladies, l'éducation des génies et l'entretien des élèves spécialement prometteurs dans les écoles pour êtres humains d'État. La moitié du revenu des ressources naturelles va au fonds pour les pensions de la vieillesse.
    Bien que des fondations provinciales et régionales basées sur les calculs d'actuaires fournissent de nombreuses formes d'assurances protectrices, les pensions de vieillesse sont exclusivement administrées par le gouvernement fédéral et par l'intermédiaire des dix départements régionaux.

    Ces fonds gouvernementaux sont administrés honnêtement. Après la trahison et le meurtre, c'est à la trahison de la confiance publique que les tribunaux infligent les châtiments les plus sévères. La déloyauté sociale et politique est considérée comme le plus odieux des crimes.

    Les impôts

    Le gouvernement fédéral n'est paternaliste que dans l'administration des pensions de vieillesse et l'aide apportée au génie et à l'imagination créative. Les gouvernements d'État s'occupent un peu plus des individus, tandis que les gouvernements locaux sont beaucoup plus paternalistes ou socialistes. La ville (ou l'une de ses subdivisions) s'occupe d'affaires telles que la santé, l'hygiène, l'urbanisme, les embellissements, l'adduction d'eau, l'éclairage, le chauffage, les récréations, la musique et les communications.

    Dans toute l'industrie, la première préoccupation est la santé. Certaines phases de bien-être physique sont considérées comme des prérogatives de l'industrie et de la communauté, mais les problèmes de la santé individuelle et familiale restent uniquement des affaires personnelles. En médecine comme dans toutes les questions purement personnelles, le plan du gouvernement consiste de plus en plus à s'abstenir de toute ingérence.

    Les villes n'ont ni le pouvoir de taxer ni le droit d'emprunter. Elles reçoivent de la trésorerie d'État une allocation par habitant; il faut compléter ce revenu par le bénéfice de leurs entreprises socialisées et en donnant des licences pour l'exercice de diverses activités commerciales.

    Les facilités de transit rapide, qui permettent une extension considérable des limites urbaines, sont placées sous contrôle municipal. Les départements urbains des pompiers sont soutenus par les fondations de protection et d'assurance contre l'incendie. Tous les bâtiments de la ville ou de la campagne sont ignifugés.

    Il n'y a pas de gardiens de la paix appointés par les municipalités; les forces de police sont entretenues par les gouvernements des États. Les êtres humains de ce département sont recrutés à peu près exclusivement parmi les célibataires de vingt-cinq à cinquante ans. Le plupart des États taxent assez lourdement les célibataires, mais ceux qui entrent dans les rangs de la police d'État sont dispensés de cet impôt.

    Il n'y a guère d'uniformité dans les plans fiscaux des cent États relativement libres et souverains, car les conditions économiques ou autres varient grandement dans les différents secteurs du continent. La constitution de chaque État comporte dix clauses fondamentales qui ne peuvent être modifiées sans le consentement de la cour fédérale suprême, et l'une d'elle empêche d'établir un impôt de plus de un pour cent par an sur la valeur d'un bien quelconque, les domiciles urbains ou ruraux restant totalement exemptés.

    Le gouvernement fédéral n'a pas le droit de s'endetter, et il faut un référendum à la majorité des trois quarts pour permettre à un État d'emprunter, sauf pour les besoins de la guerre. En cas de guerre, puisque le gouvernement fédéral ne peut contracter de dettes, le Conseil National de la Défense a le pouvoir d'exiger des États une contribution en argent aussi bien qu'en êtres humains et en matériels, selon les besoins. Tout emprunt doit être remboursé en moins de vingt-cinq ans.

    Les revenus destinés à entretenir le gouvernement fédéral proviennent des cinq sources suivantes :
    • Les droits d'importation. Toutes les importations sont soumises à un droit de douane destiné à protéger le niveau de vie, qui est beaucoup plus élevé sur ce continent que dans n'importe quelle autre nation de la planète. Les tarifs douaniers sont fixés par le plus haut tribunal de l'industrie après que les deux chambres du parlement industriel ont ratifié les recommandations du chef exécutif des affaires économiques, lequel est nommé conjointement par ces deux corps législatifs. La chambre haute industrielle est élue par les travailleurs, la chambre basse par les capitalistes.
    • Les redevances. Le gouvernement fédéral encourage les inventions et les créations originales dans les dix laboratoires régionaux. Il aide les génies de tous genres – artistes, auteurs et savants – et protège leurs brevets. En retour, il prélève la moitié des bénéfices provenant de toutes leurs inventions et créations, qu'elles concernent des machines, des livres, des oeuvres d'art, des plantes ou des animaux.
    • Les taxes successorales. Le gouvernement fédéral prélève un impôt successoral progressif allant de un à cinquante pour cent selon l'importance de la succession et certaines autres conditions.
    • L'équipement militaire. Le gouvernement tire des sommes considérables de la location d'équipements militaires et navals pour des usages commerciaux ou récréatifs.
    • Les ressources naturelles. Le revenu des ressources naturelles, quand il n'est pas entièrement affecté aux projets spécifiques consignés dans la charte des États Fédéraux, est versé au trésor national.
    Les crédits budgétaires fédéraux, sauf les fonds de guerre évalués par le Conseil National de la Défense, sont proposés dans la haute chambre législative, soumis à l'accord de la chambre basse, approuvés par le chef exécutif et finalement validés par la commission du budget fédéral. Les cent membres de cette commission sont nommés par les gouverneurs des États et élus par le corps législatif des États pour servir pendant vingt-quatre ans. Ils se renouvellent par quart tous les six ans. Tous les six ans également, à la majorité des trois quarts, ce corps choisit un chef dans ses rangs, et celui-ci devient par là même directeur-contrôleur de la trésorerie fédérale.

    Les écoles spéciales

    En plus du programme fondamental d'instruction obligatoire entre les âges de cinq ans et de dix-huit ans, on entretient les écoles spéciales suivantes :

    Les écoles d'administration. Elles se divisent en trois classes : les écoles nationales, régionales et celles des États. Les offices publics de la nation sont groupés en quatre divisions. La première division de responsabilité publique concerne principalement l'administration nationale ; tous les détenteurs de postes dans ce groupe doivent avoir le double diplôme des écoles d'administration régionales et nationales. Dans la seconde division, les candidats peuvent accepter un poste politique, électoral ou par nomination, après avoir obtenu leur diplôme de l'une des dix écoles régionales d'administration ; leur mission concerne des responsabilités dans l'administration régionale et dans le gouvernement des États. La troisième division comprend des responsabilités dans les États, et ses fonctionnaires ont seulement besoin d'avoir le grade correspondant à l'administration des États. Les fonctionnaires de la quatrième et dernière division n'ont besoin d'aucun diplôme d'administration, tous leurs postes étant attribués par nomination. Ils représentent des situations mineures d'assistants, de secrétaires ou de techniciens, remplies par les membres des différentes professions libérales qui opèrent avec capacité administrative gouvernementale.

    Les juges des tribunaux mineurs et des tribunaux des États sont diplômés des écoles d'administration des États. Les juges des tribunaux jugeant les affaires sociales, éducatives et industrielles sont diplômés des écoles régionales. Les juges du tribunal fédéral suprême doivent avoir des diplômes des trois classes d'écoles d'administration.

    Les écoles de philosophie. Ces écoles sont affiliées aux temples de philosophie et plus ou moins attachées à la religion en tant que fonction publique.

    Les Instituts scientifiques. Ces écoles techniques sont coordonnées avec l'industrie plutôt qu'avec le système éducatif. Elles sont administrées en quinze divisions.

    Les écoles de formation professionnelle. Ces institutions spéciales procurent la formation technique pour les diverses professions libérales, qui sont au nombre de douze.

    Les écoles militaires et navales. Près du quartier général national et dans les vingt-cinq centres militaires côtiers, on entretient les institutions consacrées à l'instruction militaire des citoyens volontaires âgés de dix-huit à trente ans. Pour être admis à ces écoles avant vingt-cinq ans, le consentement des parents est exigé.

    Le plan du suffrage universel

    Chaque homme et chaque femme de vingt ans et plus dispose d'une voix. Quand ils atteignent cet âge, tous les citoyens doivent accepter d'appartenir à deux groupes d'électeurs : ils s'inscrivent au premier selon leur fonction économique – industrielle, libérale, agricole ou commerciale ; ils entrent dans le second selon leurs inclinations politiques, philosophiques et sociales. Tous les travailleurs appartiennent ainsi à un groupe électoral économique. À l'instar des associations non économiques, ces corporations ont des règlements très semblables à ceux du gouvernement national avec sa triple division des pouvoirs. L'inscription à un groupe ne peut plus être changée pendant douze ans.

    Sur la proposition des gouverneurs des États ou des chefs exécutifs régionaux, et sur confirmation des conseils régionaux suprêmes, les personnes qui ont rendu de grands services à la société, ou fait preuve d'une sagesse extraordinaire au service du gouvernement, peuvent recevoir un droit de vote additionnel, mais pas plus souvent que tous les cinq ans, et sans dépasser neuf voix additionnelles. Le suffrage maximum d'un électeur à vote multiple est donc de dix voix. De même, les savants, les inventeurs, les éducateurs, les philosophes et les chefs spirituels sont ainsi reconnus et honorés d'un pouvoir politique accru. Ces privilèges civiques élevés sont conférés par les conseils suprêmes des États et des régions d'une manière très semblable aux diplômes offerts par les écoles spéciales. Les bénéficiaires sont fiers de joindre ces symboles de reconnaissance civique, à côté de leurs autres diplômes, à la liste de leurs accomplissements personnels.

    Tous les individus condamnés au travail obligatoire dans les mines et tous les fonctionnaires payés par le revenu des impôts perdent leur droit de vote pendant la période où ils exécutent ces services. Cette disposition ne s'applique pas aux personnes âgées qui reçoivent une pension après avoir pris leur retraite à soixante-cinq ans.

    Il y a cinq échelons de suffrage traduisant la moyenne des impôts payés durant chaque période quinquennale. Les contribuables ayant beaucoup payé reçoivent un droit de vote supplémentaire allant jusqu'à cinq voix. Cette concession est indépendante de toute autre reconnaissance, mais en aucun cas un électeur ne dispose de plus de dix voix.

    Ce plan électoral adopte la méthode de vote en faveur du système fonctionnel ou économique. Tous les citoyens votent en tant que membres de groupes industriels, sociaux ou professionnels, indépendamment de leur résidence. Le corps électoral est donc composé de groupes intégrés, unifiés et intelligents qui élisent seulement leurs meilleurs membres aux postes gouvernementaux de confiance et de responsabilité. Ce plan de suffrage fonctionnel ou collectif comporte une exception : l'élection d'un chef exécutif fédéral tous les six ans s'effectue par un vote national où nul citoyen ne dispose de plus d'une voix.

    Ainsi, sauf dans l'élection du chef exécutif, le suffrage est exercé par des groupements économiques, professionnels, intellectuels et sociaux de citoyens. L'État idéal est organique, et chaque groupe libre et intelligent d'habitants représente un organe vital et fonctionnel à l'intérieur du plus grand organisme gouvernemental.

    Les écoles d'administration ont le pouvoir d'engager une action devant les tribunaux d'État pour faire retirer le droit de vote à tout individu taré, oisif, apathique ou criminel. Il est reconnu que, si une nation a cinquante pour cent d'éléments inférieurs ou dégénérés possédant le droit de vote, elle est condamnée à périr. La domination de la médiocrité provoque l'effondrement de n'importe quelle nation. Le vote est obligatoire, et les électeurs qui ne déposent pas leur bulletin sont frappés de lourdes amendes.

    L'effusion de l'Esprit de Vérité fournit la base spirituelle pour réaliser de grands accomplissements dans l'intérêt de la race humaine de la planète qui en bénéficie. Les peuples de la Terre sont préparés pour mettre au point un gouvernement planétaire avec ses lois, ses mécanismes, ses conventions, ses symboles et son langage – qui tous pourraient contribuer si puissamment à établir la paix mondiale sous l'égide de la loi et laisser présager l'aurore d'un véritable âge d'efforts spirituels. Un tel âge est le seuil spirituel conduisant aux âges utopiques de lumière et de vie.




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